A Vence, la chapelle du Rosaire, un trésor caché signé Matisse

La chapelle du Rosaire, dite aussi « chapelle Matisse », est une petite chapelle érigée de 1949 à 1951 à Vence, pour le couvent des dominicains, par l'architecte Auguste Perret et décorée par Henri Matisse. Elle a été consacrée le 25 juin 1951. Ici, le 15 décembre 2018.

On ne va pas se mentir, si on est entré ce jour-là dans la chapelle du Rosaire, ce n’est pas par amour de l’art sacré. C’était au début des années 1990, un été à fendre les pierres. Sur les hauteurs de Vence (Alpes-Maritimes), au pied du Baou des Blancs, comme on appelle les collines en Provence, la petite bâtisse faisait la modeste.

Des murs blancs, une grille en fer forgé. Seules des tuiles vernissées de bleu lui donnaient un peu de caractère. Mais les lieux mettaient à l’abri du cagnard. Et la patronne du camping avait vanté l’endroit aux étudiants en goguette. « C’est Matisse qui l’a dessinée ! » Va pour la chapelle et sa fraîcheur, s’était-on dit, les plages attendront.

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Trente ans après, le souvenir reste celui d’un choc esthétique, violent parce que inattendu. Imaginez : du blanc partout, au plafond, sur les murs, au sol. Des vitraux d’un bleu azur intense, d’où jaillissent des feuilles d’acanthe habillées de jaune et de vert. Des silhouettes, simples traits noirs sur des carreaux de faïence immaculés, ornent plusieurs parois. Il y a là saint Dominique, fondateur de la congrégation des dominicains (la chapelle leur appartient), une Vierge à l’enfant, entourée de fleurs stylisées, le Christ sur son chemin de croix. Les dessins sont épurés, la lumière éclabousse les deux nefs. Au soleil couchant, cela doit être encore plus beau, se dit-on.

Une « clinique de l’âme »

Atteint d’un cancer, Henri Matisse est fatigué lorsqu’il entame, en 1947, ses travaux de recherche pour la chapelle du Rosaire. Le vieux « fauve » s’est lancé dans cette aventure à la demande de sœur Jacques-Marie. Avant d’entrer au couvent, la dominicaine fut l’infirmière de l’artiste, opéré durant la guerre et qui nécessitait des soins constants. Une relation amicale intense : la jeune femme posa à plusieurs reprises pour le maître. Matisse a beau ne pas croire en Dieu et passer le plus clair de ses journées alité, il ne peut refuser l’invitation et se lance avec enthousiasme dans le projet, qu’il voit comme une « clinique de l’âme ».

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Durant quatre ans, le peintre travaille d’arrache-pied, depuis son atelier du Cimiez, sur les hauteurs de Nice. Il apprend à dessiner avec un bambou de plusieurs mètres, sur lequel il fixe une plume ou un fusain. L’objet lui permet de tracer ses lignes noires sur de grands panneaux muraux, tout en restant allongé ou assis. Il s’amuse aussi à transformer ses découpes de papier gouaché en vitraux. Cette passion soudaine pour un lieu de culte interrogea ses amis communistes, comme Picasso ou Aragon. « Quand nous serons au pouvoir, on en fera un musée, de ta chapelle », lui aurait lancé le poète. Prévoyant, Matisse fera inscrire dans son testament que l’endroit est réservé à l’exercice du culte.

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