Covid-19 : un pays sur trois ne prend aucune mesure pour aider les élèves à rattraper le retard scolaire

Cette étude indique, par ailleurs, que seul un tiers, principalement des pays à revenu élevé, a pris des mesures pour mesurer les pertes d’apprentissage en primaire et en premier cycle de secondaire.

Le rapport mondial, intitulé « Enquête sur les réponses de l’éducation nationale aux fermetures d’écoles Covid-19 », a été publié par l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO), le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF), la Banque mondiale et l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) lors du débat ministériel de la réunion mondiale sur l’éducation.

En 2020, les écoles du monde entier ont été entièrement fermées pendant 79 jours d’école en moyenne, soit environ 40% du total des jours d’enseignement en moyenne dans les pays de l’OCDE et du G20. Les chiffres varient de 53 jours dans les pays à revenu élevé à 115 jours dans les pays à revenu intermédiaire inférieur.

« Afin d’atténuer les conséquences de ces pertes d’apprentissage, la première étape essentielle est les évaluer », a expliqué Silvia Montoya, Directrice de l’Institut de statistique de l’UNESCO. « Il est fondamental que les pays investissent dans ces évaluations, pour pouvoir mettre en œuvre les mesures correctives appropriées ».

Le rapport note que moins d’un tiers des pays à revenu faible ou intermédiaire ont annoncé que leurs élèves avaient repris l’enseignement en présentiel, ce qui accroît le risque de perte d’apprentissage et de décrochage scolaire. La majorité des pays ont néanmoins déclaré utiliser au moins une forme de sensibilisation pour encourager le retour des élèves à l’école, notamment l’engagement communautaire, le suivi en milieu scolaire, la modification des services d’eau, d’assainissement et d’hygiène, les incitations financières et la révision des politiques d’accès. 

« Il est essentiel de mettre en place des mesures de soutien et de rattrapage pour aider les enfants qui ont manqué l’école à redémarrer et à réduire les pertes d’apprentissage à long terme », a indiqué Jaime Saavedra, Directeur mondial pour l’éducation de la Banque mondiale.

« Cela nécessite un effort urgent pour mesurer les niveaux scolaires actuels des élèves et collecter des données de bonne qualité sur la qualité des cours », a-t-il ajouté. 

Les élèves d'une école au Cambodge étudient malgré la pandémie de COVID-19.

© UNICEF/Antoine Raab

Les élèves d’une école au Cambodge étudient malgré la pandémie de COVID-19.

Mesurer et combler les pertes d’apprentissage des élèves 

L’enquête documente la manière dont les pays mesurent et comblent les pertes d’apprentissage de leurs élèves, réouvrent les écoles et déploient des stratégies d’enseignement à distance. Au total, 142 pays ont répondu à l’enquête, qui couvre la période de février à mai 2021 et porte sur la maternelle, les enseignements primaire et secondaire.

Le rapport souligne que les pays ont réagi en prenant diverses mesures pour atténuer les pertes d’apprentissage potentielles liées aux fermetures des écoles. Ainsi, environ 40 % des pays ont prolongé l’année scolaire et une proportion similaire de pays a donné la priorité à certains domaines du programme scolaire. Cependant, plus de la moitié des pays ont déclaré qu’aucun ajustement n’avait été ou ne serait effectué.

Le document montre aussi que de nombreux pays ont amélioré leurs normes de santé et de sécurité dans les centres d’examen, mais que 28% avaient annulé plusieurs examens dans le premier cycle du secondaire et 18% dans le deuxième cycle. Il fait aussi état que l’examen ou la révision des politiques d’accès à l’éducation étaient peu fréquents, en particulier pour les filles. Une constatation préoccupante, car, dans les pays à revenu faible ou intermédiaire, les adolescentes sont les plus exposées au risque de ne pas retourner à l’école.

Les pays à faible revenu sont ceux qui accusent un retard dans la mise en œuvre des mesures les plus élémentaires pour assurer le retour à l’école. Ainsi, moins de 10 % seulement ont déclaré disposer de suffisamment de savon, d’eau propre, d’installations sanitaires et d’hygiène et de masques, contre 96% pour les pays à revenu élevé.

Une enseignante en France se connecte à distance avec ses élèves pendant la pandémie COVID-19.

OIT/Marcel Crozet

Une enseignante en France se connecte à distance avec ses élèves pendant la pandémie COVID-19.

Efficacité de l’enseignement à distance 

L’enquête dresse également le bilan du déploiement et de l’efficacité de l’enseignement à distance et du soutien connexe, plus d’un an après le début de la pandémie. 

Les résultats montrent que la plupart des pays ont pris de nombreuses mesures pour fournir un enseignement à distance aux élèves. Les pays à faible revenu ont souvent agi par le biais d’émissions de radio et de télévision, tandis que les pays à revenu élevé ont mis en place des plateformes de cours en ligne. Cependant, plus d’un tiers des pays à revenu faible et intermédiaire inférieur ont indiqué que moins de la moitié des élèves de primaire avaient eu accès à ces outils.

Lorsque les écoles ont fermé, l’enseignement à distance a été une bouée de sauvetage pour de nombreux enfants partout dans le monde – Robert Jenkins, Chef de l’éducation à l’UNICEF

« Lorsque les écoles ont fermé, l’enseignement à distance a été une bouée de sauvetage pour de nombreux enfants partout dans le monde », a expliqué Robert Jenkins, Chef de l’éducation à l’UNICEF. « Mais pas pour les plus vulnérables, pour eux les cours à distance sont restés hors de portée ». 

M. Jenkins demande, de toute urgence à ce que chaque enfant puisse de nouveau avoir accès à une salle de classe. « Et il nous faut aller plus loin ; mieux rouvrir les écoles signifie aussi mettre en œuvre des programmes scolaires pour aider les élèves à rattraper leur retard, et s’assurer que les filles et les enfants les plus vulnérables bénéficient en priorité de tous nos efforts », a-t-il ajouté.

Des stratégies d’enseignement adaptées au contexte sont nécessaires

Pour garantir l’adhésion et l’engagement, le rapport montre que des stratégies d’enseignement à distance adaptées au contexte sont nécessaires, de même que l’engagement de la part des parents. En outre, les enseignants doivent soutenir ces stratégies et se sentir soutenus et veiller à ce que les filles et autres enfants vulnérables ne soient pas laissés pour compte. Il est également crucial de produire des données rigoureuses sur l’efficacité de l’enseignement à distance. L’enquête montre aussi qu’en 2020, 49% des pays ont augmenté le budget consacré à l’éducation par rapport à 2019, tandis que 43% ont maintenu leur budget constant. Le financement devrait augmenter en 2021, puisque plus de 60% des pays prévoient d’augmenter leur budget par rapport à 2020.

Enfin les résultats de ce rapport renforcent l’importance de la réouverture des écoles, du rattrapage scolaire et de la mise en place de systèmes d’enseignement à distance plus efficaces, qui doivent pouvoir mieux résister aux futures crises et être accessible à tous les élèves. 

Source