« Dans la ville où je suis né, Téhéran, j’étais déjà un intrus » : Gurshad Shaheman, la joie, à tout prix

Gurshad Shaheman, à Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne), le 19 juin 2021,.

Gurshad Shaheman arrive en France avec sa mère et sa sœur. Il a 10 ans, sa sœur, 5 ans. Dans l’avion qui a décollé de Téhéran, sa mère a gardé le foulard. Quand elle débarque à Paris, elle l’enlève. Sa petite fille se met à pleurer. Elle a peur : « On va nous arrêter. » On lui montre les femmes qui ne portent pas de foulard, on lui explique qu’ici ce n’est pas obligatoire… Cette scène, c’est le premier souvenir qu’a Gurshad Shaheman de son arrivée en France. Avec sa mère et sa sœur, ils sont venus voir un oncle. Deux ans plus tard, en 1990, ils viennent à nouveau. Et ne repartent plus.

Ainsi commence l’exil, un mot que l’auteur-metteur en scène et performeur n’aime pas beaucoup. Il lui préfère celui de chemins. Au pluriel, car il y en a plusieurs dans son histoire, qu’il raconte dans Pourama, Pourama, une pièce très remarquée à sa création, en 2015. « J’ai changé », prévient-il avant la rencontre. Il avait une folle chevelure brune et ses yeux verts étaient cernés de kôhl, le voici avec les cheveux blonds, franchement teintés, et une petite moustache.

« J’aime bien être à l’endroit où on ne m’attend pas. » Ailleurs. Gurshad Shaheman l’a été dès l’enfance, pendant la guerre Iran-Irak (1980-1988). Ses camarades dessinent des tanks, lui, des fleurs. Son père veut l’emmener à la chasse, il trouve ça terrible. Il l’emmène aussi sur le front, où il est missionné pour reconstruire les routes bombardées par les Irakiens.

Sur le conseil d’un de ses professeurs, il a travaillé son accent sans relâche, lisant Racine, un crayon entre les dents

Comme sa mère, le père de Gurshad Shaheman appartient à la minorité kurde. Dans la famille, on parle azéri. « En Iran, la culture perse, dominante, est toujours valorisée par rapport aux cultures minoritaires, qu’elles soient kurdes ou arabes. J’ai appris le persan à l’école, et je le parlais avec un accent. Donc, dans le pays et la ville où je suis né, Téhéran, j’étais déjà un intrus. » Aujourd’hui, Gurshad Shaheman parle français sans l’ombre d’un accent. Il en avait un, fortement mâtiné d’azéri et de chti – il a passé son adolescence à Lille – quand il est arrivé à l’Ecole régionale d’acteurs de Cannes (ERAC). Sur le conseil d’un de ses professeurs, il l’a travaillé sans relâche, lisant Racine, un crayon entre les dents, en respectant les douze syllabes de chaque vers, jusqu’à ce que ça sonne parfait. « Je sentais que ma survie en dépendait », dit-il.

« Survivant »

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