En Afghanistan, les Taliban confirment le meurtre de quatre femmes à Mazar-i-Sharif

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Les Taliban ont confirmé samedi le meurtre de quatre Afghanes, dont une activiste des droits des femmes. Deux suspects ont été arrêtés après la découverte des corps dans une maison de la ville de Mazar-i-Sharif, dans le nord du pays.

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Un porte-parole taliban a confirmé, samedi 6 novembre, le meurtre de quatre Afghanes dont les cadavres ont été retrouvés à Mazar-i-Sharif (Nord) alors que plusieurs assassinats d’activistes ont été rapportés récemment.

Une militante féministe de Mazar-i-Sharif contactée par l’AFP a dit connaître l’une des victimes, Frozan Sanfi, « une activiste pour les droits des femmes très connue dans la ville ».

Qari Sayed Khosti, porte-parole du ministère de l’Intérieur, a déclaré dans une vidéo que deux suspects avaient été arrêtés après la découverte des quatre corps dans une maison.

« Les hommes arrêtés ont avoué lors de l’interrogatoire avoir invité ces femmes dans la maison. Une enquête est en cours et l’affaire est dans les mains du tribunal », a-t-il précisé, sans identifier les victimes.

La peur de tomber dans un guet-apens

L’activiste contactée par l’AFP dit avoir entendu que les victimes pensaient être en contact avec une personne qui les aiderait à quitter le pays, puis sont montées dans une voiture censée les emmener à l’aéroport, avant que leurs corps ne soient retrouvés deux jours plus tard.

« Quand j’ai entendu la nouvelle (du meurtre), j’avais déjà peur. Ma santé mentale n’est pas bonne ces jours-ci », ajoute-t-elle, refoulant ses larmes. « J’ai toujours peur que quelqu’un vienne à ma porte, m’emmène quelque part et me tue. »

La militante dit en effet avoir reçu un appel similaire il y a trois semaines. « L’homme savait tout sur moi, m’a demandé d’envoyer mes documents et de remplir un questionnaire, prétendant être un responsable de mon bureau chargé d’envoyer mes informations aux États-Unis pour mon évacuation », raconte l’activiste, qui, méfiante, a refusé l’aide de cet interlocuteur.

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Une autre source à Mazar-i-Sharif contactée par l’AFP a également indiqué qu’au moins une des victimes était une activiste pour les droits des femmes, dont la famille n’a pas souhaité parler aux médias.

Une troisième source a elle aussi indiqué que les victimes avaient reçu un appel et cru qu’il s’agissait d’une invitation pour rejoindre un vol d’évacuation, avant d’être récupérées en voiture, puis retrouvées mortes.

Les trois femmes contactées par l’AFP ont demandé l’anonymat, pour des raisons de sécurité.

Depuis la prise du pouvoir par les Taliban mi-août, la peur s’est propagée, en particulier parmi les femmes, et nombre d’activistes ont fui le pays.

Pas de permis de tuer

Sous le précédent régime du groupe ultraconservateur, les femmes avaient été exclues de la sphère publique et la plupart ne pouvaient travailler, et encore moins critiquer le gouvernement en place.

Mais depuis le retour au pouvoir des Taliban, des femmes ont manifesté dans les rues de grandes villes afghanes, notamment Kaboul, pour que leurs droits soient respectés ou que les jeunes filles puissent retourner au lycée.

Des combattants talibans ont dispersé certaines de ces manifestations et le gouvernement a menacé d’arrêter les journalistes qui couvrent des rassemblements non autorisés.

Les hauts responsables du nouveau gouvernement ont cependant insisté sur le fait que leurs hommes n’étaient en aucun cas autorisés à tuer des activistes et ont promis de punir tout meurtrier.

Avec AFP

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