Europe 1, des yéyés à la droite conservatrice

Une voiture d’Europe 1 arrive boulevard Saint-Germain, à Paris, pour couvrir la manifestation du 6 mai 1968.

« Merci ma Julie, bon vent mon Matthieu, que Dieu te garde. (…) Et comme disent les grands capitaines bretons, tenez bon la barre, ça va tanguer. » Nicolas Canteloup ne le sait pas encore mais ce vendredi 2 juillet, il assure sa dernière chronique à l’antenne d’Europe 1 après seize ans de bons et loyaux services. Exceptionnellement, l’humoriste a fait le déplacement en studio. Il salue le matinalier Matthieu Belliard, victime du vaste réaménagement de la grille impulsé par Vincent Bolloré, premier actionnaire de Lagardère, via Vivendi.

Une dernière fois, l’humoriste étrille Pascal Praud, star de la chaîne conservatrice CNews, avec laquelle Vivendi veut tisser des liens. Les figures d’Europe 1 ont l’habitude d’être caricaturées par Canteloup. Pas Vincent Bolloré – alias le « grand capitaine breton » –, qui apprécie peu l’humour le concernant. En ce 2 juillet, le sort de Canteloup est probablement scellé. Mais Constance Benqué, la patronne d’Europe 1, fait mariner la locomotive de l’antenne jusqu’au 22 juillet.

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La doyenne de la station, Julie Leclercq, qui lui donne la réplique tous les matins, est également remerciée, selon nos informations. Un déchirement pour celle qui allait fêter ses 50 ans de maison. En septembre, c’est une station entièrement remaniée, peuplée de nombreux visages de CNews, qui fera sa rentrée. « Faudrait peut-être changer l’enseigne de l’entrée. Cela claque plus CNews Radio je trouve », s’est amusé une dernière fois Nicolas Canteloup, imitant Pascal Praud.

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Fuite inexorable des auditeurs

A 66 ans, Europe 1 vit le retournement le plus spectaculaire d’une histoire déjà mouvementée. « Europe 1, c’est une fréquence. Une nouvelle radio va s’installer sur cette fréquence, mais ce ne sera plus la radio à laquelle j’ai collaboré », analyse Robert Namias, qui y a travaillé de 1969 à 1984. Avec seulement 2,3 millions d’auditeurs en juin 2021, contre 6,2 millions pour France Inter, la station de Lagardère n’est plus que l’ombre d’elle-même. Sous la houlette d’Arnaud Lagardère, qui a pris la suite de son père Jean-Luc, décédé en 2003, elle a été victime d’incessants virages, de nouvelles formules hasardeuses, et de dirigeants plus ou moins inspirés.

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Une sinécure ni pour les auditeurs, obligés d’adopter en permanence de nouvelles habitudes, ni pour les talents, bringuebalés au gré des directions, alors même que le modèle de la radio généraliste était entré en zones de turbulence. C’est ce qui finira par accélérer son déclin. En 2017, déjà, les salariés s’étaient plaints, dans un tract, d’avoir connu « trente changements de grille » depuis 2010. Pour quel résultat ? Une fuite inexorable des auditeurs. Quand Laurent Guimier a pris la direction de la station, en 2018, il a refait la déco de son bureau en affichant au mur la courbe des audiences de la station depuis trente ans.

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