Face au « déferlement de haine », les quartiers populaires décidés à faire entendre leur voix

Mohamed Mechmache, un des fondateurs de la coordination « Pas Sans Nous » lors de la présentation de

Entre prolifération des thèses xénophobes et percée de la théorie du « grand remplacement », la campagne présidentielle popularise des idées autrefois marginales, désormais martelées sur petit écran. Premières cibles de ce matraquage politique et médiatique : les habitants des quartiers populaires, ultimes figures repoussoirs, instrumentalisées par les « droites » pour en faire « leur fonds de commerce politicien », dénonce Mohamed Mechmache, 55 ans, l’un des fondateurs de la coordination nationale Pas sans nous.

A cinq mois de l’élection présidentielle, certains, au sein de ces territoires dits « sensibles », sont décidés à s’organiser pour faire entendre leur voix sur les plateaux, dans les journaux, auprès des politiques. « On ne va pas rester spectateur face à ce déferlement de haine, lance M. Mechmache. Nous avons des choses à dire, nos voix comptent. »

Car, pour les politiques, les quartiers sont devenus des territoires sans électeurs à séduire, des territoires où l’on ne vote plus – les taux d’abstention atteignent des records. Résultat, « personne ne s’adresse à eux, comme s’ils n’appartenaient pas au corps politique, regrette l’essayiste Hakim El Karoui. En revanche, ils sont bien utiles à certains, à droite, qui, pour expliquer le déclassement des classes moyennes, applique le principe bien connu et populiste du bouc émissaire ».

Morceaux choisis : « Dans les quartiers des banlieues parisiennes ou autres grandes métropoles, nous sommes arrivés en fait à la fin du grand remplacement », « ces délinquants, des caïds de la drogue qui sont armés, sont pour la plupart musulmans » (le polémiste Eric Zemmour, candidat putatif, le 18 octobre sur BFM-TV et le 21 septembre sur CNews) ; « Ce qu’on voit aujourd’hui dans certains quartiers (…), c’est une espèce d’épuration ethnique (…), où vous avez des personnes d’origine étrangère qui chassent petit à petit ce qu’on appelle en démographie des natifs (…). On pousse dehors (…) des populations qui n’appartiennent pas à un bloc musulman » (Gilles Platret, vice-président et porte-parole de Les Républicains, le 5 octobre sur CNews). Les politiques ne parlent plus des « Noirs et des Arabes », ils ne parlent presque plus des « banlieues », ils parlent délinquance, immigration et islam, trafiquants de drogue, étrangers et musulmans.

Former des « ambassadeurs »

« La banlieue a été convertie en Musulmanie », ironise l’humoriste engagé Yassine Belattar. « Si les inquiétudes engendrées par les attentats terroristes sont légitimes, l’agressivité envers les musulmans et les quartiers ne l’est pas, tonne M. El Karoui. Comment des propos pareils peuvent-ils être tenus sans que si peu de personnes réagissent ? La façon dont ces discours se sont inscrits dans le débat public est très inquiétante. L’idée sous-jacente et malsaine qu’ils véhiculent est de dire qu’“ils” ne sont pas comme nous, “ils”, ce sont les immigrés, les musulmans, les Nord-Africains et Subsahariens. Comme s’ils étaient un fardeau pour la société. Mais personne ne dit que c’est Mouloud du 93 qui paie la retraite de Jeannine du Var qui vote Zemmour ! » Pour les habitants des quartiers, la télévision légitime la parole raciste et alimente le sentiment « d’humiliation permanente », souligne Nadir Kahia, président de l’association Banlieue Plus.

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