JO de Tokyo 2021 : la déferlante Titmus submerge la reine Ledecky

L’Australienne Ariarne Titmus (à droite) est félicitée par l’Américaine Kathleen Ledecky après avoir remporté la finale du 200 m nage libre féminin et établi un record olympique lors des Jeux olympiques de Tokyo 2020 au Centre aquatique de Tokyo, le 28 juillet 2021.

Elles ont nagé côte à côte. Enfin, dans deux lignes d’eau voisines. Mais la précision oblige à ajouter que Katie Ledecky a eu un peu plus d’une seconde et demie de retard sur Ariarne Titmus. Pas grand-chose dans la vie ordinaire. Une éternité, pour des championnes habituées à parler en dixièmes et en centièmes de seconde. Première place pour l’Australienne Titmus en finale du 200 mètres nage libre aux Jeux olympiques de Tokyo, mercredi 28 juillet, en 1 minute 53 secondes et 50 centièmes. Cinquième place pour l’Américaine, qui abandonne encore un titre olympique.

Dans le bassin du centre aquatique de Tokyo, Katie Ledecky espérait un maximum de nouvelles médailles d’or. Projet tombé à l’eau : la nageuse âgée de 24 ans, quintuple championne olympique à son arrivée sur le sol japonais, a déjà dû en laisser couler deux. Pour les repêcher sur son sillage, toujours la même nageuse, plus jeune de quatre ans. Pour ses premiers Jeux, voici Ariarne Titmus, masque jaune comme son survêtement, déjà couronnée par deux fois : reine du 200 mètres nage libre mercredi, mais aussi du 400 mètres nage libre. Sa rivale déchue a forcé un sourire, lundi, pour n’enfiler que la médaille d’argent sur la distance. Au sortir de sa première victoire, l’Australienne constatait :

« Honnêtement, je m’attendais à être plus nerveuse. Si je n’avais pas quelqu’un comme elle à chasser, clairement je ne nagerais pas comme ça. »

Dans un bassin ou en dehors, Katie Ledecky incarnait jusque-là un modèle d’excellence, du genre première de la classe. Les jambes, les bras, la tête aussi. « Elle est aussi forte au niveau académique. Elle n’a jamais eu de note en dessous d’un A –, à Stanford », confiait, en 2017 au journal L’Equipe, son frère Michael, lui-même diplômé de l’université Harvard.

« Un Rembrandt »

Depuis son titre mondial sur le 400 mètres nage libre en 2013, la concurrence était un concept étranger à la nageuse du Maryland. Après la moisson qu’elle avait réalisée lors des Jeux de Rio, en 2016 (quatre titres et une médaille d’argent), son entraîneur de l’époque, Bruce Gemmell, avait eu cette jolie image : « Nous avons tous les deux peint un Rembrandt. »

Ariarne Titmus, d’Australie, touche le mur pour remporter la finale du 200 mètres nage libre féminin aux Jeux olympiques d’été de 2020, mercredi 28 juillet 2021, à Tokyo, au Japon. À droite, Siobhan Bernadette Haughey, de Hong Kong.

Et puis Ariarne Titmus a débarqué pour peindre un Vermeer – ou un Bosch, pour le côté effrayant de cette menace. L’Australienne avait déjà esquissé un premier mouvement aux Championnats panpacifiques en 2018 : elle avait finalement perdu de peu, lâchant dans les ultimes mètres du 400 mètres, la distance fétiche de Katie Ledecky. Un an plus tard, sur cette même distance, Ariarne Titmus devançait son aînée à l’occasion des Mondiaux de Gwangju (Corée du Sud). A l’époque, l’Américaine a la défaite plutôt amère et elle en oublie de féliciter la gagnante. « Evidemment, ça pique un peu », avait-elle simplement commenté après la course et cette « sensation rare » : « J’étais nerveuse, je savais que ça allait être dur. »

Il vous reste 54.53% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Source