JO de Tokyo 2021 : le basket nigérian, espoir du continent africain à l’accent américain

Josh Okogie, joueur des Minnesota Timberwolves et du Nigeria, à Saitama (Japon) le 25 juillet 2021.

C’est un moment historique qui a été tourné en dérision par certains analystes outre-Atlantique. Après la défaite, le 10 juillet, de l’équipe américaine face au Nigeria (90-87) – la première de l’histoire de la nation reine face à une sélection africaine – en match de préparation aux Jeux olympiques de Tokyo, les chroniqueurs des chaînes de télévision ESPN et Fox Sports, Stephen A. Smith et Shannon Sharpe, ont réagi en riant de l’équipe africaine. L’un s’est moqué du nom « imprononçable » de Gabe Nnamdi Vincent, l’autre a affirmé que son équipe de journalistes pourrait battre le Nigeria.

Sur les réseaux sociaux, les réactions ont été nombreuses pour dénoncer l’attitude de ces chroniqueurs. Josh Okogie, joueur des Minnesota Timberwolves et membre de l’équipe nigériane pour les JO de Tokyo, a demandé « du respect pour le drapeau ». D’autant que, dans sa préparation olympique, l’équipe du Nigeria, non contente de s’être offert la meilleure nation mondiale, a aussi dominé la quatrième, avec une large victoire contre l’Argentine (94-71), le 13 juillet.

Alors qu’aucune nation africaine n’a jamais atteint le stade des quarts de finale dans l’histoire des Jeux, les « D’Tigers » (le surnom de l’équipe nigériane) représentent, pour tout le continent, un réel espoir d’y parvenir dans cette édition 2021 à Tokyo. Même malgré leur défaite inaugurale contre l’Australie (84-65) en phase de groupes, dimanche 25 juillet.

L’équipe est emmenée par Mike Brown, un coach très respecté aux Etats-Unis : entraîneur adjoint des Golden State Warriors, il a remporté avec cette franchise deux titres NBA (en 2017 et en 2018). Il mène un groupe nigérian qui n’a pas eu beaucoup de temps pour se préparer et, surtout, apprendre à se connaître.

Certains joueurs ont rejoint l’équipe tardivement. Comme Jordan Nwora devenu, il y a moins d’une semaine avec les Milwaukee Bucks, le second joueur nigérian couronné en NBA, après une légende, Hakeem Olajuwon, titré à deux reprises avec les Houston Rockets (1994, 1995). Le jeune joueur de 22 ans, qui n’a pas pris part aux festivités organisées à Milwaukee, est venu compléter à Tokyo un effectif aux accents américains avec huit joueurs sur douze évoluant en NBA.

L’expérience des joueurs NBA privilégiée pour les JO

Cette « américanisation » de l’équipe nationale assumée par Babatunde Ogunade, vice-président de la fédération nigériane, actuellement à Tokyo et joint par Le Monde : « Avec tous ces joueurs évoluant en NBA, nous avions besoin d’un entraîneur qui puisse créer rapidement cette synergie. Et nous savions que Mike Brown était cet homme-là. »

Mais au pays, cette légion NBA suscite quelques critiques. Après la victoire en préparation contre les Etats-Unis, l’ancien capitaine des « D’Tigers », Olumide Oyedeji a ainsi tenu à calmer l’enthousiasme de tout un continent : « Ce que l’équipe a fait est une grande avancée pour le basket nigérian au niveau international, mais cela nous tue au niveau local parce que nous n’investissons pas chez nous. »

Mike Brown (ici à Saitama, au Japon, le 25 juillet 2021), sélectionneur du Nigeria et très respecté aux Etats-Unis pour son palmarès (trois titres de champion NBA en tant qu’entraîneur assistant).

En proie à des conflits politiques depuis 2018, le championnat local n’avance pas et les programmes de formation pour la jeunesse sont quasiment inexistants. Dans un entretien pour The Lowe Post, le 19 juillet, Mike Brown a souligné aussi le « manque d’outils » pour développer des projets nationaux sur le continent. Lancée en 2020 pour développer le basket africain, la Basketball Africa League est une compétition panafricaine organisée et subventionnée par la NBA et encadrée par la Fédération internationale de basket-ball. Où le représentant nigérian, l’équipe des Rivers Hoopers, n’a pas brillé.

Pour Babatunde Ogunade, c’est la preuve que les joueurs locaux ne sont pas encore prêts pour le niveau international : « Pour les Jeux, nous n’avons pas le temps de faire des expérimentations. Il faut avoir un groupe solide et rempli d’expérience. Le travail de la fédération est de développer et promouvoir le jeu de la meilleure des manières au Nigeria. Et les Nigérians du monde entier ont le droit de représenter leur pays. Nos critères sont le talent et la compétence. »

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Les investissements existent, selon lui, avec d’anciens joueurs à la tête de basketball camps, des stages organisés pour repérer les pépites locales et les envoyer dans les équipes universitaires américaines. Sous peine de voir leurs rêves de disputer des quarts de finale historiques au niveau africain, les Nigérians sont tenus de s’imposer lors de leur deuxième match de la phase de groupes, mercredi 28 juillet contre l’Allemagne (3 heures à Paris).

« Nous allons tout donner pour être compétitifs » , promet le vice-président de la fédération, qui se veut enthousiaste : « Il y a aussi cette pression d’être le seul pays africain en compétition, chez les femmes et les hommes. Chaque match est un défi. »

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