JO de Tokyo 2021 : victorieux des Américains, les Bleus du basket banalisent presque l’exploit

Evan Fournier a porté l’équipe de France dimanche.

Pas d’effusion de joie démesurée, un groupe qui forme rapidement un cercle au centre du terrain, se « check » et file à la douche. A voir la réaction des joueurs de l’équipe de France masculine de basket, dimanche 25 juillet à Saitama, on aurait pu croire que les Bleus venaient d’emporter une rencontre sans importance, leur quatrième match de préparation après trois défaites. Pour les coéquipiers d’Evan Fournier, leur victoire était normale. Pourtant, les Français venaient de renverser les Américains et leur escadrille de stars NBA lors de leur match d’ouverture du tournoi olympique (83-76). La première défaite de Team USA aux Jeux olympiques depuis 2004.

« Pour être honnête, on a eu de la chance », souffle Evan Fournier. Référence à une balle perdue par les Français que Guerschon Yabusele est allée reprendre en plongeant, pour l’offrir à son artificier. Le tir de Fournier, à trois points, faisait basculer les Français en tête à moins d’une minute du terme de la rencontre. De la chance, peut-être, mais de la détermination, surtout, et une envie constante. Même menés par les coéquipiers de Kevin Durant, les Bleus n’ont jamais dérogé à leur plan de jeu : « défendre dur et obliger les Américains à jouer à notre main », expose l’entraîneur, Vincent Collet.

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Portés par un Fournier impérial dans sa panoplie de scoreur (28 points), les coéquipiers du capitaine Nicolas Batum ont agressé d’emblée les Américains, qui ont relevé le défi. Renforcée par de nombreuses stars NBA – de Kevin Durant à Damian Lillard – après l’échec de la dernière Coupe du monde (une élimination en quarts de finale par… la France), les Etats-Unis ont fait la course en tête l’ensemble du match. Sans parvenir à tenir les Bleus à distance. « Nous avons manqué de consistance », a regretté le coach américain, Gregg Popovich. D’expérience commune, aussi, l’équipe n’ayant été complétée par ses derniers joueurs que ces derniers jours, fin de saison NBA oblige.

« La route est encore longue »

A force, Gregg Popovich va en perdre sa francophilie. L’ancien mentor de Tony Parker à San Antonio semble avoir trouvé sa bête noire en l’escouade drivée par Vincent Collet. Aux Jeux de Rio, les Bleus avaient regardé dans les yeux l’équipe américaine (défaite 97-100), et au Mondial 2019, ils les avaient éliminés en quarts de finale (89-79). Aussi refuse-t-il de parler de résultat « surprise », estimant que ce « serait manquer de respect à la France. » « On parle d’une très bonne équipe, avec un excellent staff et des joueurs NBA et d’autres évoluant en Europe, qui jouent ensemble depuis longtemps », a-t-il rappelé. Et qui dimanche, en ont plus voulu que ses ouailles.

Vingt et un ans plus tôt, sur la même scène olympique, alors à Sydney, les Bleus avaient également affronté les Etats-Unis en phrase de groupes. « On était arrivé en se disant d’emblée qu’on allait prendre 30 points, se souvient Frédéric Weis, le pivot de l’époque, désormais consultant Eurosport. Et une fois sur le terrain, on avait été surpris de leur niveau ». Retrouvant les Américains en finale, les Bleus avaient joué les yeux dans les yeux avec les héritiers de la Dream team, ne s’inclinant que de dix points. « A l’époque, c’était des joueurs qu’on regardait à la télé, aujourd’hui, les Français les affrontent au quotidien », poursuit M. Weis. En prenant, comme l’ensemble du basket international, de plus en plus de place dans la grande ligue. Sacré pour la troisième fois meilleur défenseur de la saison en NBA cette année, le Français Rudy Gobert n’a rien à envier aux mastodontes de l’intérieur américain.

Le plus grand exploit de cette équipe de France est sans doute d’avoir banalisé une victoire face à Team USA. Pour les Bleus, elles ne sont pas nombreuses, pourtant : il suffit de deux doigts pour les recenser ; et jamais depuis que les joueurs NBA ont incorporé l’équipe nationale – avec la « Dream team » des JO de 1992 -, les Etats-Unis n’avaient perdu deux fois d’affilée face au même adversaire. « Je mentirais en disant que c’est un match comme les autres, assume le meilleur marqueur du match, Evan Fournier. On bat la meilleure équipe du monde, bien sûr qu’on est fiers. Mais ce n’est qu’un match de groupe, la route est encore longue. » Déçus de n’avoir décroché « que » le bronze au dernier Mondial, Rudy Gobert et ses partenaires visent un autre métal.

Avant cela, et d’espérer recroiser les Américains en fin de compétition, il leur faudra se coltiner le reste du groupe, à commencer par la surprenante République tchèque, mercredi. « J’avais prévenu mes joueurs dans la semaine, même si on gagne contre les Américains, la rencontre la plus importante sera le match d’après », sourit Vincent Collet.

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