Les centres commerciaux satisfaits d’échapper au passe sanitaire systématique

Le passe ne sera imposé aux grands magasins et centres commerciaux qu’au cas par cas, sur décision du préfet, si les risques de contaminations le justifient.

Si l’hypothèse de rendre obligatoire le passe sanitaire dans tous les grands magasins et centres de plus de 20.000m² semblait tenir la corde ces derniers jours, le parlement a finalement opté pour une application au cas par cas. Concrètement, à la suite du vote du projet de loi Gestion de la crise sanitaire, l’extension du passe à l’ensemble des centres commerciaux a été mise de côté, comme le suggérait le conseil d’État.

Néanmoins, le passe pourra s’y appliquer dans certains cas, comme l’indique un amendement de dernière minute déposé par le gouvernement. Le préfet de département pourra choisir d’étendre le passe sanitaire aux «grands magasins et centres commerciaux, au-delà d’un seuil défini par décret», lorsque leurs «caractéristiques et la gravité des risques de contamination le justifient». En d’autres termes, la situation sanitaire locale permettra d’étendre le passe à ces établissements, mais les conditions d’application doivent alors garantir «l’accès des personnes aux biens et services de première nécessité». Petite précision : pour les galeries commerciales qui accueillent des établissements soumis au passe sanitaire, comme les restaurants, la vérification se fera à l’entrée de ces derniers, non à l’entrée du centre.

Ce sursaut est bien accueilli par les représentants de la profession qui craignaient de voir le passe imposé à tous les établissements. Ils restent toutefois sur leurs gardes : «chaque jour peut modifier la décision prise la veille,» pointe Jean-Pierre Dry, président de la Fédération du Commerce Coopératif et Associé (FCA). Car les détails ne sont pas encore connus. Quels centres sont concernés par la décision du préfet, ceux de 20.000m² au moins ou plus largement ? Quels seuils vont être définis ? Comment les contrôles se dérouleront-ils ? «On est un peu dans l’expectative,» explique Gontran Thüring, délégué général du Conseil National des Centres Commerciaux (CNCC). Jean-Pierre Dry regrette également de «ne pas avoir eu de contacts avec le gouvernement».

Le patron de la FCA questionne notamment la répartition des coûts : «qui va prendre en charge l’impact économique de la mesure?», s’interroge-t-il. Car celui-ci est potentiellement élevé pour les gérants. D’une part ces contraintes vont faire diminuer les entrées de clients et créer un manque à gagner. D’autre part, l’installation d’infrastructures spécifiques et le recrutement de personnel pour contrôler le passe vont engendrer des charges supplémentaires. «Le coût s’élève en moyenne à 30.000 euros par mois et par entrée,» estime Gontran Thüring.

Une mesure «difficilement applicable»

Les représentants voient donc une mesure qui va dans le bon sens, mais ils la jugent encore insuffisante. «Nous sommes à demi-contents», résume Gontran Thüring. Cette décision est préférable à une application générale, mais elle n’est «pas équitable et reste difficilement applicable», selon le représentant. Ainsi, l’accès à une pharmacie ou un magasin alimentaire dans le centre commercial doit rester garanti, selon le Conseil d’État. «Ça va être impossible de trier» pointe Gontran Thüring.

Le patron du CNCC estime que ces établissements font déjà de nombreux efforts pour lutter contre la prolifération du virus : obligation du port du masque à l’intérieur, jauge de 8m² par personne, installation de capteurs de CO2 pour vérifier la qualité de l’air… Grâce à ces limites, «aucun cluster n’a été détecté dans un centre commercial en France,» affirme-t-il.

Et que faire si des zones de vaccination sont installées au sein des principaux centres commerciaux, comme la profession le suggère ? «On va se retrouver dans la situation paradoxale où les gens doivent montrer un test pour aller se faire vacciner,» raille-t-il. Sans compter que «la mesure serait contre-productive en créant des longues queues, où les gens seraient collés». Tous ces points devront être précisés dans un décret, attendu rapidement par la profession. Malgré tout, des rebondissements ne sont pas à exclure, car la loi doit maintenant passer devant le Conseil Constitutionnel. Son retour est attendu le 5 août prochain.

Source