Les «fleuves de poésie» d’Etel Adnan se déversent au Centre Pompidou-Metz

Des tablettes cunéiformes aux aquarelles contemporaines, l’écriture et le dessin se donnent la main dans une exposition conçue d’après une idée de l’artiste américano-libanaise de 96 ans.

L’écriture manuscrite et le dessin entremêlés, qui se répondent et qui s’exposent. À partir de ce week-end, et jusqu’au 13 février, le Centre Pompidou-Metz expose une collection des leporellos de la poétesse et peintre libanaise Etel Adnan, ces livres-accordéon qui se déplient et peuvent atteindre près de 10 mètres de long. Ils sont entourés, dans les galeries de l’exposition Écrire, c’est dessiner, par les œuvres hétéroclites de 48 autres créateurs, des calligraphes anonymes d’un manuscrit carolingien aux dessins de Nancy Spero et Louise Bourgeois. Une accumulation qui porte une idée centrale : l’imbrication parfaite de l’écriture et du dessin.

«Le rêve d’Etel était que l’écriture, qui est du domaine de l’intime, devienne monumentale» et «qu’un musée montre ce rapport entre l’écriture et le dessin qui est très fort chez elle», explique Jean-Marie Gallais, commissaire de l’exposition. Pour ses leporellos, au centre du parcours de l’exposition, Etel Adnan a recopié des poèmes d’auteurs irakiens contemporains, notamment Abd el-Wahhab al-Bayyati et Badr Shakir al-Sayyab, avec qui elle était amie. Aux yeux de la poétesse, il s’agissait de «dessiner l’arabe» plutôt que l’écrire, et de créer «un fleuve de poésie» avec cet alphabet «plastique» qu’elle n’a jamais totalement réussi à maîtriser. Née d’un père syrien et d’une mère grecque, l’arabe est restée une langue qu’elle entendait enfant, lors de sa jeunesse passée dans le Liban sous mandat français. Après des études à Paris dans les années 1950, elle se prend de passion pour l’anglais et part s’installer aux États-Unis.

Du papyrus au dessin

L’exposition de Metz entend renouer par le dessin avec ce dialogue des cultures, des langues et des continents. D’anciens manuscrits rarement exposés répondent à ses œuvres, comme un papyrus de l’Égypte ancienne aux couleurs éclatantes représentant un extrait du Livre des morts, prêté par la Bibliothèque nationale de France (BNF). Autres prêts exceptionnels : des livres d’enluminures des XIVe et XVe siècles, de la bibliothèque de Metz, et un manuscrit mérovingien du VIIIe siècle prêté lui aussi par la BNF. «Il était essentiel d’aller chercher des choses beaucoup plus anciennes qui montrent que cette imbrication écriture et dessin existe depuis l’existence de l’écriture, voire avant», a souligné Jean-Marie Gallais devant une tablette en argile d’écriture cunéiforme datant de 1750 avant notre ère, en se réjouissant de «l’enthousiasme» des institutions partenaires.

Etel Adnan a aussi voulu mettre en lumière le rapport physique à l’écriture manuscrite. Deux lettres originales de Vincent Van Gogh et un dessin de Rimbaud venant d’un de ses cahiers d’écolier sont proposés au public. Exposés à leurs côtés, un dessin de Marguerite Yourcenar, un manuscrit du poète palestinien Mahmoud Darwish et un autre de Victor Hugo, pour que le visiteur «s’imagine le trajet de (leurs) mains». Autre souhait de l’artiste, que ces manuscrits «soient regardés avec la même intensité» qu’un tableau ou une sculpture, précise Jean-Marie Gallais.

L’exposition ne durera que trois mois en raison de la «fragilité» et du «caractère exceptionnel des œuvres présentées», dont la plupart ne sont pas «remplaçables par des équivalents», selon le commissaire de l’exposition. En parallèle, le Centre Pompidou-Metz expose 22 artistes de la 12e biennale de Taipei qui a eu lieu en 2020 en pleine crise du Covid-19. Cette exposition conçue par Bruno Latour, Martin Guinard et Eva Lin se tient du 6 novembre au 4 avril 2022.

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