L’Œil de l’INA : Lectures pour tous, la première émission littéraire

Chaque semaine, retrouvez les pépites de nos archives avec Madelen. Aujourd’hui, l’entretien avec Romain Gary en 1956, diffusé à la télé, dans lequel il évoque Les Racines du ciel, le prix Goncourt de l’année.

Romain Gary, lauréat du Prix Goncourt, interviewé pendant près de 30 minutes à la télévision ! La séquence diffusée en direct le10 octobre 1956 est une première. Ce soir-là, le romancier, récompensé quelques jours plus tôt, évoque Les racines du ciel, dont le thème lui a été inspiré par un accident d’avion, en 1941, dans la forêt équatoriale, auquel il a miraculeusement survécu. L’entretien est mené par Pierre Dumayet pendant l’émission Lectures pour tous, qu’il produit avec son ami Pierre Desgraupes. À l’heure de la remise du Prix Goncourt, Madelen propose des images de ce qui fut la première émission littéraire de l’histoire du petit écran, l’ancêtre d’Ouvrez les guillemets, Apostrophes, Bouillon de culture et de La grande librairie.

L’aventure débute en 1953. Jean d’Arcy, nouveau directeur de ce qui est encore la RTF et passionné de littérature, décide de mettre à l’antenne, une fois par semaine, un programme rendant compte de l’actualité littéraire. «Quelque chose que je pourrai regarder chez moi sans rougir, même si mes amis sont présents. Je souhaite des conversations courtes, mais authentiques», explique-t-il à Pierre Dumayet et Pierre Desgraupes, à qui il a décidé de confier la concrétisation de ce projet. Il sait qu’avant d’entrer à la télévision pour participer au Journal Télévisé naissant, Dumayet a animé, à la radio, un magazine des arts et des lettres. Le duo accepte ce cahier des charges et ne va jamais y déroger.

C’est ainsi que le vendredi 27 mars 1953 débute Avez-vous vu ? ou Lectures pour tous. Sa diffusion va se poursuivre dix mois par an, jusqu’à la veille des événements de mai 68. D’autres formes d’art, à commencer par le cinéma, commencent à être traitées. C’est aussi dans Lectures pour tous que naissent les premières chroniques de l’histoire du petit écran, assurées par Max-Pol Fouchet et Nicole Vedrès. La formule ne va guère évoluer au fil des saisons. Seul le jour de diffusion va changer: le mercredi, parfois le mardi.

Pendant ces quinze années, les entretiens vont se dérouler dans un décor résolument minimaliste : une table, une chaise et, en fond d’écran, le sceau de Godefroy de Bouillon agrandi cent fois : une flèche transperçant trois oiseaux en plein vol . Dès la première réunion de travail, Jean Prat, réalisateur de l’émission, a proposé cette image qu’il affectionne et personne ne s’y est opposé.

Jusqu’au début des années 60, Dumayet, suivi d’une caméra, va régulièrement se rendre chez des personnalités prestigieuses dont l’âge avancé ne permet pas un déplacement vespéral jusqu’au studio de la rue Cognacq-Jay. C’est le cas, entre autres, de Paul Claudel, qui va lire quelques-uns de ses poèmes, Georges Duhamel , insatiable sur Homère, et Jean Rostand, qui, dans son salon de Ville-d’Avray, explique une expérience avec ses chères grenouilles .

Pendant les 48 heures qui précèdent le direct, Pierre Dumayet s’enferme chez lui, ne répond pas au téléphone et prépare ses fiches dans les moindres détails. Il veut éviter toute mauvaise surprise. Elles seront rares. Il va néanmoins vivre un moment difficile quand, au lieu de répondre à ses questions, Jules Romains, va commencer à lire un extrait de l’un de ses livres. N’ayant pas de téléviseur chez lui, ignorant tout, donc de l’émission, il est convaincu que c’est le passage obligé d’un auteur dans l’émission. Ce soir-là, Dumayet a eu bien des difficultés à avoir voix au chapitre.

Retrouvez ici l’émission Lectures pour tous avec Romain Gary. Abonnement gratuit sur Madelen deux mois, puis 2,99 euros par mois.

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