Pédocriminalité dans l’Eglise : à Lourdes, les évêques de France se recueillent à la mémoire des victimes

Les évêques catholiques de France se réunissent lors d’une cérémonie au sanctuaire de Lourdes pour les victimes de pédocriminalité, le 6 novembre 2021.

Evêques, prêtres, responsables d’ordres religieux et quelques fidèles ont « fait mémoire » aux victimes de pédocriminalité, samedi 6 novembre à Lourdes, en se recueillant devant une photo et en organisant une prière de repentance au sanctuaire.

« Ici, ensemble, rassemblés pour recevoir le rapport de la commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Eglise [Ciase], nous voulons marquer ce lieu de Lourdes pour un premier témoignage visuel qui fera mémoire de tant de violences, de drames et d’agressions », a déclaré Hugues de Woillemont, porte-parole de la Conférence des évêques de France (CEF).

La photo d’une sculpture représentant une tête d’enfant en pleurs a été dévoilée. Scellée au mur de l’hémicycle dans lequel se réunit l’épiscopat, elle préfigure la construction d’un « lieu de mémoire », décidée en mars par les évêques mais dont les modalités n’ont pas encore été définies.

La photo a été prise par une victime et un texte sur « la violence subie » et la « souffrance » de cet enfant a été lu par une autre victime, Véronique Garnier, qui participe régulièrement aux travaux avec l’épiscopat et, depuis le 2 novembre, à l’assemblée plénière de la CEF qui se tient jusqu’à lundi.

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Un accueil divisé

« Petit enfant (…), qui vous a entraîné dans son secret honteux ? Qui a fait de vous sa chose ? », a interrogé Eric de Moulins-Beaufort, président de la CEF, tandis que Véronique Margron, qui préside la Conférence des religieux et religieuses de France, a dénoncé « la parole interdite, dehors comme dedans » des enfants victimes.

Les 120 évêques, qui n’étaient pas vêtus de leurs habits liturgiques à la demande des victimes, des religieux, des prêtres et des laïcs se sont ensuite rendus sur l’esplanade de la basilique Notre-Dame-du-Rosaire, où, après la sonnerie du glas, ils ont participé à une prière de pénitence, certains à genoux, demandant « pardon à Dieu ».

« J’ai vécu ces moments avec beaucoup d’émotion », a déclaré Mme Garnier à l’issue de cette cérémonie, soulignant qu’il était important de « nous rendre justice ». Au contraire, une personne se présentant comme victime, enfant, d’un prêtre appartenant à la congrégation des pères de Bétharram, implantée près de Lourdes, a, lui, crié sa « colère » sur l’esplanade.

« La repentance, c’est pipeau », a dénoncé Jean-Marie Delbos, 75 ans, affirmant ne pas être entendu par l’Eglise. Il a réclamé devant la presse que son prédateur, « revenu dans sa communauté, soit sanctionné et défroqué ». Véronique Margron est venue à sa rencontre.

Vendredi, sous la pression des victimes et du rapport de la Ciase, qui a jeté une lumière crue sur l’ampleur des crimes pédocrimels au sein de l’Eglise catholique depuis soixante-dix ans, les évêques ont reconnu officiellement la « responsabilité institutionnelle » de l’Eglise et le caractère « systémique » de ces crimes.

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Le Monde avec AFP

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