« Volver », sur Téva : les meilleurs des mondes, sans hommes

Penélope Cruz, dans « Volver » (2005), de Pedro Almodovar.

TÉVA – VENDREDI 16 JUILLET À 20 H 55 – FILM

En castillan, volver signifie « revenir ». La première séquence du film de Pedro Almodovar montre des femmes balayant les pierres tombales d’un cimetière de village. Une manière de revenir – des morts parmi les vivants. L’une d’elles, Raimunda (Pené­lope Cruz), accompagnée de sa fille Paula (Yohana Cobo), a fait le voyage de Madrid jusque dans la Manche, celle du Quichotte, pour entretenir la sépulture de ses parents. Un autre retour, de la ville au village.

Dans le cimetière, on explique à Paula pourquoi on n’y voit que des femmes : les hommes meurent plus jeunes, souvent rendus fous par le vent d’Est. Cette atmosphère féminine, ce mélange de fantastique et de trivialité, c’est le retour d’Almodovar à un matériau qu’il avait abandonné depuis Femmes au bord de la crise de nerfs, en 1988.

L’accumulation de retours donne à Volver une place stratégique dans le chemin qui a mené le cinéaste des bars madrilènes des années 1970 à la consécration internationale. Il estime venu le moment de nouer deux des fils qui courent dans son œuvre : l’un, marqué par une virtuosité dans l’art de construire et de donner vie à un scénario complexe ; l’autre, qui en fait le metteur en scène flamboyant des déboires les plus humiliants et des accidents les plus horribles, les unissant dans un univers régi par des règles proches du surnaturel.

Des vivants et des morts

Réussi, ce film-là offre donc les meilleurs des mondes d’Almodovar. Le scénario est riche, les frontières entre les mondes des vivants et des morts souvent franchies. Entre la ville et le village, entre le récit du passé et ce qui s’est passé, entre les trois générations de femmes, s’établit un trafic si intense que seul Pedro Almodovar peut en rendre compte. Il y a là beaucoup de comédie et une énergie folle qui jaillit de partout : de la mise en scène, un peu moins élégante que d’habitude, mais euphorisante ; du jeu des actrices, aussi et surtout.

Au cimetière, il y a Raimunda et Paula avec Sole (Lola Dueñas), leur sœur et tante, et une autre Paula, la grand-tante (Chus Lampreave, dont la voix plaintive et le regard myope reviennent dans les films d’Almodovar depuis 1983). Almodovar réussit avec Penélope Cruz le rêve de n’importe quel directeur d’actrice : il la transforme – elle devient une mère, une espèce de divinité nourricière – et la transcende, sans que soit éclipsé l’éclat de ses camarades.

Pour ce film, Almodovar s’est réclamé du Roman de Mildred Pierce (1945), de Michael Curtiz, l’histoire d’une mère qui aime trop sa fille, et d’Arsenic et vieilles dentelles (1944, Frank Capra), pour l’humour noir. Il aurait pu ajouter Femmes (1939), de George Cukor, puisque Volver est l’évocation d’un monde sans hommes. Mais, au salon de beauté dans lequel on se déchire pour les hommes a succédé un petit village de la Manche, où s’accomplit une utopie qui verrait les femelles ne plus s’occuper des mâles qu’en balayant leurs tombes.

Volver, de Pedro Almodovar (Esp., 2005, 121 min). Avec Penélope Cruz, Carmen Maura, Lola Dueñas. Téva

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